Millemont : naissance d’un château de la « transition »

Réunir des acteurs de la « transition ». Voici la promesse un peu floue d’un festival au nom tout aussi mystérieux : le MMMfest – acronyme de Millemont Maker and Music Festival – organisé par le collectif Assemblée Virtuelle du 4 au 10 octobre dernier. Cette association développe justement des outils au service de ladite « transition » et Guillaume Rouyer, l’un des organisateurs, tâche d’éclairer ma lanterne. « Certes, le mot transition est imprécis, mais je considère que c’est plus une qualité qu’un défaut. Je suis persuadé que c’est la conjonction entre toutes les transitions qui permettra de faire émerger le changement ». D’ailleurs, il hésite également sur la définition de cet événement, pas vraiment un festival de musique, ni même un séminaire, presque un BarCamp : un atelier collaboratif où le contenu est fourni par des participants. Bref, le MMMFest est un « evni, un évènement volant non identifié », conclut Guillaume en souriant.

Il a réussi à réunir pas mal d’acteurs du « changement » : d’Alternatiba en passant par l’espace de coworking la Ruche, les Grands Voisins (Yes We Camp, Aurore et Plateau Urbain) ou encore le CRID. Tout ce petit monde s’est retrouvé au château de Millemont dans les Yvelines, un lieu déjà connu des initiés pour avoir abrité la POC 21, un gigantesque fablab où des dizaines de bricoleurs ont passé plusieurs semaines avant la COP21 afin d’inventer des « outils de l’utopie » (voir l’article de Reporterre)

Un beau château et une belle brochette de participants : il n’en fallait pas moins pour titiller ma curiosité, malgré le halo de mystère entourant ce festival. Autour du poêle à bois qui réchauffe la grande salle servant de cuisine, je rencontre toute sorte de gens venus ici pour « se retrouver » et « travailler ensemble ». « C’est l’occasion idéale pour réunir tous les acteurs de notre projet au calme pour réfléchir », explique un jeune homme du collectif Impermanence des Autonomes, qui rêve d’installer un fablab – nouveau nom plus trendy pour désigner un atelier de bricolage – dans un conteneur en Inde.

 

Dans les immenses salles de réception qui accueillent souvent des tournages de film (Coco Avant Chanel), de grands tréteaux surmontés de planches ont été dressés. Les participants, dont beaucoup naviguent dans le monde du logiciel libre, travaillent sur la cartographie, parlent de « bus sémantique » pour assurer « l’interopérabilité entre différents logiciels ». Je fronce les sourcils : difficile de suivre la conversation pour une néophyte peu rompue au langage jargonneux des nouvelles technologies. Simon d’Alternatiba vient à ma rescousse : « nous essayons de faire dialoguer ensemble les logiciels pour récupérer les informations de sites qui proposent des alternatives. Car c’est grâce à la cartographie qu’on pourra sensibiliser celles et ceux qui veulent s’engager mais se plaignent toujours de ne pas savoir comment faire ». Cette cartographie des alternatives est projet titanesque mené par Alternatiba et de nombreux collectif, dont Assemblée Virtuelle. C’est d’ailleurs cette obsession de « cartographie » qui a incité Guillaume Rouyer à lancer ce festival. « Au début, je réfléchissais à un projet de chemins de la transition, pour relier les lieux qui proposent des alternatives. Car c’est bien dommage de travailler dans son coin sur ces problématiques qui nous concernent tous ». Il aimerait surtout mettre en relation ceux qui créent des outils technologiques et lesdits acteurs de la fameuse « transition ». De façon plus prosaïque, relier les geeks et le milieu de l’économie sociale et solidaire.

Les dessins de Lilian

Au fond d’une aile du château, Lilian a disposé des dizaines de dessins sur le superbe parquet biseauté. Ce directeur d’étude chez Somfy vit en région toulousaine, dans une ferme – fablab – green hacker space. (sic) Dans son camion, il a rapporté certaines de ses inventions comme cette drôle de poussette en forme de roue sans axe ou encore un vélo triporteur en bambous. Il s’intéresse notamment au cyber Moyen-Age pour « mixer les savoir-faire ancestraux avec les nouvelles technologies. » Son dada, c’est la roue sans axe : « un objet qui traduit une véritable révolution, une organisation sans organisation centrale, un peu comme le web sémantique ou le bitcoin » s’enthousiasme-t-il. Les inventions de Géo-Trouvetout en jupe (qu’il coud lui-même) ont notamment séduit une entreprise suisse, qui aimerait utiliser le concept de sa roue sans axe pour développer un groupe électrogène mobile.

Au total, sur les 6 jours du festival, environ 150 personnes se sont succédées dans les allées du château et dans ses immenses salles. Au-delà de cette première édition, Guillaume aimerait lancer une vraie dynamique d’occupation du lieu avec Peter Bal le propriétaire du château. Cela fait déjà quelques années que l’ancien homme d’affaires cherche à redonner vie au domaine et reste à l’affût de porteurs de projets qui pourraient l’aider. « Il n’est pas vraiment pressé, attend de faire les bonnes rencontres pour un projet qui le passionne vraiment. Il marche à l’affect, ne sait pas trop encore ce qu’il veut faire. Il doit clarifier et structurer sa vision », analyse Guillaume Rouyer. Peter Bal rêve de fonder un village qui pourrait devenir à la fois un laboratoire des nouvelles inventions, un hub de convergence sociale et écologique à seulement 45 minutes de Paris. Avec 600 hectares de terre et 6000 m2 de bâtiments, les possibilités sont presque infinies. Avis aux amateurs !


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