Théâtre : « Sandrine tape sa crise » ou l’économie à hauteur de femmes

Dans notre rubrique Culture Debout, nous vous guidons vers les oeuvres qui résonnent le plus avec Nuit Debout, pour y trouver de l’espoir, des idées ou des arguments et vous inciter à y emmener ceux qui doutent. Car la culture est politique, toute la culture. Nous ne recevons pas d’invitations, aussi nos choix seront-ils purement libres et subjectifs. Nous placerons chacune des oeuvres sur une « échelle Debout » qui compte 10 échelons : 1 correspondant à une oeuvre aux antipodes des idées de Nuit Debout et 10 correspondant à une oeuvre qui les épouse parfaitement. Aujourd’hui Sandrine tape sa crise de et avec Sandrine Jouanin, mise en scène Caroline et Benjamin Pascal.

Adapté du livre de Bruno Gaccio “Mais non Madame Martin, ce n’est pas compliqué l’économie !”, Sandrine tape sa crise est une création à mi-chemin entre le one-woman show et le spectacle militant.

En 2015, Bruno Gaccio essayait, au travers de portrait d’une dizaine de “madames Martin”, de faire le lien entre la vie et les décisions quotidiennes de femmes plus ou moins lambda et l’économie, celle qui fait peur, celle qu’on ne comprend pas, qui contrôle le monde et contre laquelle nous ne pouvons rien. Dans son spectacle, Sandrine Jouanin reprend ce dispositif en se concentrant sur quatre madames Martin : une baba-cool en prise avec les impôts, une militante FN, une trader et une clocharde.

Note pour nos lecteurs.trices atteints.es de soupçonnite aiguë : ces dames s’appellent Martin mais elles pourraient tout autant s’appeler Smith, Diallo ou Nguyen, ce n’est pas le sujet, l’économie ne s’embarrassant pas de ce genre de détails.

La comédienne incarne avec une humanité désarmante ces femmes qui subissent les réalités et les conséquences de l’économie réelle et de la “science économique” qui n’existe que dans l’esprit étroit d’idéologues capitalistes. Chacun de ces portraits est l’occasion de rire ou de s’émouvoir du sort de ces braves madames Martin, mais aussi d’en apprendre un peu plus sur les mécanismes de l’économie, grâce aux apartés de la comédienne qui a visiblement bien bossé son sujet. C’est drôle (parfois), touchant (souvent) mais surtout très courageux car, on le sait, intéresser les gens à l’économie est un sacerdoce, surtout au théâtre. Et parce que l’entreprise est réussie, il est de mise de féliciter et de soutenir ce spectacle d’utilité publique.

Echelle Debout 6/10 : Autant le dire tout de suite, malgré ses qualités, ce spectacle n’apprendra pas grand chose au militant de gauche qui a potassé pendant la dernière campagne présidentielle. Certains concepts sont survolés trop rapidement quand d’autres sont simplement ignorés, notamment les alternatives au capitalisme néolibéral. Mais réserver un spectacle aux seuls militants de gauche est une gageure, tant ceux-ci forment un public pointilleux, voir difficile, et notoirement fauché (rions un peu de nous-même, cela ne fait jamais de mal). Aussi, il est bon de voir des oeuvres destinées à ceux qui ne sont pas (encore) engagés, ces messieurs et mesdames Martin qui souffrent en silence, qui voient impuissants leur société s’effriter ou qui accusent de leur malheur d’autres “Martins” qui n’ont pas la même religion, la même couleur de peau ou le même âge. Je ne sais pas quelles sont les positions de Sandrine Jouanin et de Bruno Gaccio sur le populisme de gauche, mais le fait est que ce spectacle y contribue en provoquant l’empathie du spectateur avec les victimes du néolibéralisme et son indignation contre ce système infâme qui conduit l’humanité à sa perte. L’indignation étant la première étape de l’action, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Sandrine tape sa crise de et avec Sandrine Jouanin, d’après Bruno Gaccio, mise en scène Caroline et Benjamin Pascal, tous les mercredi à 20h30 à l’Atelier Théâtre de Montmartre.

Ndlr : L’échelle debout ne constitue en rien une note donnée à l’oeuvre mais permet seulement de la situer par rapport au mouvement Nuit Debout.

Sébastien Novac.

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Crédits photos:

  • Sandrine Jouanin et Bruno Gaccio: Marc Herzog

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