#LesJoursHeureux réinventent la résistance

Revivrons-nous des Jours Heureux ? Que reste-t-il de l’idéal de justice sociale et de solidarité du programme mis en œuvre par le Conseil National de la Résistance qui portait ce nom : Les jours Heureux ? Presque rien, hélas. Ou plutôt si : un mouvement citoyen, le collectif #LesJoursHeureux, qui a senti l’urgence de remettre ce pacte à l’ordre du jour et de relier d’autres mouvements.

Il organisait samedi 11 février au cinéma le Luminor à Paris, une table ronde et des projections pour faire réfléchir. L’après-midi s’est ouverte sur des extraits du film Les jours heureux de Gilles Perret, relatant les volontés traduites en actions des résistants. Extraits sur lesquels des personnalités invitées ont réagi. Parmi elles : Christiane Hessel, épouse de Stéphane Hessel, Claude Alphandéry, résistant, Anne-Marie Thomazeau, journaliste et Cyril Dion, réalisateur du film Demain. Des témoignages de résistants nous rappelant que nous devons au Conseil National de la Résistance (CNR) : la sécurité sociale, les retraites par répartition, la séparation des organes de presse des pouvoirs de l’argent, les nationalisations des banques et de l’énergie, les comités d’entreprises, le statut de la fonction publique, etc. Le tout pour un monde plus juste.

L’héritage des résistants mis en pièces

Aujourd’hui cet héritage est attaqué de toutes parts. Certes, les intervenants reconnaissent que la situation n’est pas comparable à celle de 1943, qui vit naître la première réunion du CNR dans la clandestinité, sous l’égide de Jean Moulin. Mais ils pointent du doigt des ressemblances, des signaux qui doivent nous inciter à la vigilance, tel que la montée de la xénophobie comme le souligne Christiane Hessel. Nous sommes à un carrefour où nous devons choisir notre avenir entre le pire et le meilleur « et le pire n’est pas exclu » prévient Claude Alphandéry. « Je pense que le meilleur reste possible si nous savons résister comme ceux des années 1940 », poursuit-il.

Une note d’espoir : les mouvements citoyens vivaces, bien que morcelés. Ils rappellent à Claude Alphandéry les débuts des maquis, lieux d’échanges et de discussion, de réinvention de la démocratie. Les unir n’a pas été aisé dans un premier temps. Sans eux, que le mouvement #LesJoursHeureux tente de relier, l’on pourrait croire à une anesthésie de la société civile. Pourtant, Christiane Hessel croit voir poindre l’espoir d’une troisième voie, d’une réappropriation du pouvoir par les citoyens. Cyril Dion confirme que c’est cette troisième voie, dépassant les oppositions binaires, qui a permis des avancées majeures sur l’éducation ou l’écologie dans les pays visités pour la réalisation de son film Demain. Et Thierry Salomon, animateur de la table ronde, se demande fort justement s’il ne revient pas aux citoyens d’imposer des choix sur le long terme aux hommes politiques. Mais voilà, Anne-Marie Thomazeau dénonce la confiscation du débat démocratique par les experts. Spécialistes de ces questions, elle rappelle qu’à ses origines la sécurité sociale, qui représente 30% du PIB, devait être gérée par les représentants des travailleurs. Elle a été dénaturée dans les années 1960 et l’Etat a confisqué ce sujet. Qui descendra demain dans la rue pour défendre la sécurité sociale après des années de lavage de cerveau sur « le trou de l’assurance santé », ou son « archaïsme » ? La projection de l’autre film de Gilles Perret, La Sociale, est alors tombée à point nommé.

Se souvenir de l’histoire de la sécurité sociale

Le film retrace la création de notre assurance santé et rend l’hommage qui lui est dû à son créateur, le ministre du travail ancien ouvrier communiste Ambroise Croizat. Interviewé dans ce documentaire, Bernard Friot, de Réseau salariat, n’hésite pas à parler de révisionnisme concernant « l’oubli » d’Ambroise Croizat, de son parcours et de ses actions. Pour autant, les participants à la table ronde de #LesJoursHeureux restent optimistes comme l’était Stéphane Hessel. Claude Alphandéry souligne la nécessité de cet optimisme et cite Patrick Viveret, philosophe et porte-parole du mouvement : il y faut du R.E.V.E, « R comme résistance, E comme expérimentation, V comme vision à long terme et E comme évaluation ». Cyril Dion estime nécessaire les rapprochements en train de se faire avec Emmaüs, Attac, Colibris, #LesJoursHeureux, le collectif Roosevelt et bien d’autres. Et cette « reliance » est cruciale puisque « dans un combat non violent ce qui compte c’est le nombre », rappelle-t-il. L’après-midi s’achève par la lecture de deux poèmes, dessinant les pistes d’un avenir meilleur, comme il plaisait à Stéphane Hessel.

Magalie.

Crédits photos:

  • Film La Sociale: Gilles Perret

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