Politis : « Nuit Debout aura permis une prise de conscience de la jeunesse »

Au cours du printemps dernier, les médias « généralistes » n’ont pas été tendres avec Nuit Debout. Les clichés, les parti-pris et les manipulations se sont succédé à la une des grands quotidiens français. De toute évidence, beaucoup n’ont jamais pris la peine de venir place de la République prendre la température, et les rares qui l’ont fait étaient contraints par un angle imposé par leur rédacteur en chef, rarement bienveillant envers le mouvement.

Cependant, il ne faut pas mettre toute la presse dans le même panier. De nombreux médias indépendants ont travaillé sans préjugés, sans formatage ni a priori. Leurs journalistes sont venus sur la place très régulièrement afin d’échanger avec les participants, pour tenter de comprendre et d’analyser ce moment historique. Gazette Debout lance aujourd’hui une série d’interviews avec ces médias qui ont fait leur boulot consciencieusement. Aujourd’hui, Politis avec Vanina Delmas.

La couverture du mouvement Nuit Debout par Politis
La couverture du mouvement Nuit Debout par Politis

Gazette Debout : Quand avez-vous commencé à suivre l’actualité de Nuit Debout ?

Vanina Delmas : J’ai suivi le mouvement étudiant contre la loi travail depuis le début. Lorsque j’ai entendu parler de la préparation de Nuit Debout, je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait être. Il y avait des stickers collés avant le 31 mars dans certains lieux. Le premier soir, la rédaction a décidé d’envoyer un journaliste place de la République : il a été emballé par ce qui s’y passait et a publié un article dans la nuit sur notre site internet. Nous avons été très réactifs. Par la suite, nous y sommes souvent retournés.

Gazette Debout : Nuit Debout était un mouvement assez flou, protéiforme et sans porte-parole. Comment appréhendiez-vous votre travail journalistique malgré ces contraintes ?

Vanina Delmas : Au début, il y avait un côté assez inédit; nous allions très souvent sur la place, nous regardions, discutions, faisions des live tweets. Bref, du reportage de terrain. Puis, rapidement, nous avons tenté d’analyser ce qui se passait, notamment au sujet de la démocratie participative. Nous avons convaincu la rédaction de faire un dossier en immersion totale : « La fabrique de Nuit Debout » (n°1403 – du 12 au 18 mai 2016).

Gazette Debout : Les Nuitdeboutistes nourrissaient une grande méfiance envers les médias dits « généralistes ». En tant que journaliste travaillant pour une publication indépendante, quel est votre sentiment à ce sujet ?

Vanina Delmas : Je me souviens d’une assemblée où la personne au micro parlait de façon très virulente des journalistes. Les gens assis autour de moi étaient clairement contre le système médiatique. Mais en expliquant de quel média je venais, je n’ai jamais été confrontée au moindre problème. Nous étions très souvent sur le terrain, les Nuitdeboutistes ont fini par nous reconnaître. Nous arrivions à identifier qui était référent pour telle ou telle commission.

Gazette Debout : Qu’est ce qui vous a le plus intéressés à Nuit Debout ?

Vanina Delmas : Nuit Debout concentrait tous les sujets que nous suivons depuis toujours à Politis, notamment la question de la démocratie participative. J’ai également été très intéressée par la convergence des luttes, qui me semblait la chose la plus concrète, avec par exemple un soutien aux cheminots ou aux salariés de McDo. C’était également un moment assez joyeux, où chacun pouvait prendre la parole et participer activement. Mais je dois dire qu’à la fin, les AG tournaient un peu en rond.

Nous prenions le mouvement tel qu’il était, à son rythme. Un de nos journalistes, Michel Soudais – véritable mémoire vivante de la politique française – n’en attendait rien de concret, sauf peut-être une prise de conscience de la jeunesse. D’ailleurs au sein de la rédaction, nous sommes nombreux à avoir moins de trente ans, avec les mêmes désillusions que les gens sur la place.

Gazette Debout : Cette prise de parole et de conscience de la jeunesse est-elle l’une des principales réussites de Nuit Debout ?

Vanina Delmas : Nuit Debout a montré que les jeunes étaient capables d’avoir un discours politique. Certains ont compris qu’ils pouvaient agir sans attendre que cela vienne d’en haut. Quand le mouvement s’est inscrit dans une dimension européenne, les espoirs ont été nombreux. Pendant l’été, la rédaction a fermé mais j’ai suivi l’actualité du mouvement sur Facebook, en espérant que cela reparte. A la fin du mois d’août, nous avons suivi la préparation de la rentrée, qui s’inscrivait dans un réseau plus large que la place de la République, avec des échange virtuels entre toutes les Nuits Debout. Mais cela ne semble pas encore avoir vraiment pris.

Crédits photos:

  • Nuit Debout Politis: Politis
  • Politis n°1400: Politis

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