Julien Bayou : « Grâce à Nuit Debout, nous ne voterons plus comme avant »

Julien Bayou, le porte-parole d’Europe Ecologie les Verts (EELV) revient sur son investissement aux premières heures de Nuit Debout. De sa participation à Orchestre Debout en passant par la visite de Yanis Varoufakis, rencontre avec un élu et un militant associatif engagé.

Gazette Debout : Qu’est-ce qui t’a intéressé dans Nuit Debout ?

Julien Bayou : J’y suis allé très souvent et j’avais quelques amis au sein du petit groupe qui a lancé la première Nuit Debout. S’intéresser à Nuit Debout quand tu t’intéresses à la politique, cela va de soi. Il y a là des citoyens qui prennent en main leur destin alors qu’ils auraient toutes les raisons de ne plus s’intéresser à la politique, de ne plus voter, car ils se sentent dépossédés de notre démocratie et mal représentés. Dans les AG, le manque de représentativité était systématiquement mis à jour. C’est l’idée que rien ne change car nos élus sont déconnectés de la réalité. Cette déconnexion a été largement dénoncée sur l’emploi, le logement et très vite sur l’écologie. Se rendre compte par les échanges que le problème c’est le système et non l’individu citoyen, est quelque chose de très libérateur et fédérateur. Par exemple : si tu ne trouves pas de logement à 30 ans parce qu’on te demande x fiches de paie et un CDI alors que cela n’existe quasiment plus, ce n’est pas toi le problème. Par ailleurs, Nuit Debout répond à une aspiration profonde à plus de démocratie. Et de fait, la démocratie y est radicale grâce aux AG auxquelles chacun dispose du même temps de parole. C’est très enthousiasmant ! Ce que j’apprécie également, c’est l’éveil critique de toute une génération de citoyens grâce à Nuit Debout. Ceux qui y ont participé, ou y participent encore, ne voteront plus jamais de la même manière. Enfin, à l’étranger, je me suis beaucoup intéressé aux Indignés et à Podemos.

Gazette Debout : As-tu retrouvé certains de tes combats au sein de Nuit Debout ?

Julien Bayou : Tout à fait, j’ai retrouvé sur la place tout mon militantisme associatif. Déjà avec les collectifs Génération précaire et Sauvons les riches, nous dénoncions le système et prenions la défense des stagiaires ou des CDD multiples. Dès le premier jour, sur la place de la République, j’ai retrouvé l’association Droit au Logement (DAL) aux côtés de qui j’ai oeuvré avec Jeudi Noir. L’écologie était également très présente, de même que les questions sur la parité, avec des commissions dédiées

Gazette Debout : Quel impact a eu la visite de Yanis Vafourakis dont tu as favorisé la venue ?

Julien Bayou : C’est le groupe Diem 25 France dont je suis membre, qui a invité Yanis Varoufakis à venir s’exprimer à l’AG sur la place de la République. Il a bien joué le jeu, s’est assis dans l’Assemblée en attendant son tour de parole. Ce fut un moment important car derrière Diem 25, il y a l’idée que sans démocratie, l’Europe va s’effondrer. Yanis lui aussi s’était fracassé contre un déni de démocratie, contre le diktat européen imposé dans son pays, qui l’ont conduit à la démission. Cet ancien ministre de l’économie, lié aux Indignés, est donc venu témoigner et nous apporter son soutien, souffler sur notre étincelle. Cela fut très utile à mon sens.

Orchestre Debout 16
L’orchestre Debout le 4 septembre sur la place de la République.

Gazette Debout :  Peux-tu nous parler de ta participation à Orchestre Debout ?

Julien Bayou : J’ai joué du saxophone trois ou quatre fois avec Orchestre Debout. Je ne suis pas très bon et vraiment rouillé, mais ce qui est merveilleux dans cette formation spontanée, c’est qu’on peut ne jouer que le passage de la partition que l’on maîtrise et s’arrêter quand nos compétences sont dépassées. Dans ce collectif, chacun apporte ses compétences, ses différences. Même les couacs donnent quelque chose d’intéressant. Alors que que chacun joue sa partition, le collectif produit une véritable harmonie. De l’intérieur, c’est une expérience très forte. En tant qu’auditeur aussi paraît-il : de très beaux articles ont été rédigés après les concerts d’Orchestre Debout. Cette initiative prouve que l’on peut faire de grandes choses ensemble sans se connaître au préalable, quasi en improvisant. C’est à retenir pour les prochaines luttes.

Gazette Debout : En tant que porte-parole d’Europe Ecologie les Verts (EELV), que penses-tu d’un mouvement apolitique et sans porte-parole ?

Julien Bayou : On a fait un mauvais procès à Nuit Debout – que j’ai souvent défendue – en lui assignant les exigences que l’on fixe à un parti traditionnel, ancré dans le paysage politique. D’aucun s’attendaient à un programme au dixième jour d’existence, alors que le mouvement était naturellement en train de s’inventer. Pour moi, Nuit Debout est un moment plus qu’un mouvement et c’est déjà merveilleux. Des personnes de tous âges et de tous milieux ont été formées à l’Agora. En outre, l’internationalisme voulu dès le départ est quelque chose de très fort. Il y a eu des soutiens croisés partout dans le monde. Nuit Debout s’est déjà transformée mais a d’ores et déjà posé la question de notre démocratie si peu représentative. Il faudra bien qu’une réponse émerge face à cette légitime et nécessaire interpellation.

Gazette Debout : Tu es candidat aux législatives des 3ᵉ et 10ᵉ arrondissement de Paris, Nuit Debout t’a-t-elle inspiré pour ta campagne ?

Julien Bayou : La question qui me taraude actuellement dans ma campagne est la suivante : comment ne pas exclure quiconque, comment avancer tous ensemble. Bien sûr, je ne changerai pas d’avis sur mes fondamentaux : contre la peine de mort, pour l’accueil des migrants, ou sur l’écologie. Mais pour arriver à des propositions pertinentes, je veux travailler avec les autres. Dans le 10ᵉ arrondissement par exemple, un des enjeux est d’inventer la protection sociale de demain, dans un contexte de post-salariat. Pour y parvenir, la solution la plus efficace est le travail collaboratif avec les habitants du quartier. Un autre sujet qui me préoccupe, c’est le droit de suite, c’est-à-dire un droit de regard sur les votes de l’élu. Son élection ne doit pas être un blanc- seing tout au long de sa mandature. Il doit pouvoir être interpellé par ceux qu’il a le devoir de représenter. J’aimerais par exemple que les habitants puissent avoir un droit d’amendement, pour déclencher une obligation de réponse du député sur ses votes, pour provoquer un débat, ou toute autre forme d’interpellation populaire. La Cinquième République devrait fonctionner avec une démocratie participative. Pour le citoyen, voter, participer à la vie publique est un muscle à entretenir.

Magalie. 

Plus d’informations

  • Le site de Julien Bayou On fait comme on a dit.
  • Il vient de déposer une plainte contre les anciens ministres Christine Lagarde et Eric Woerth pour délit de concussion. Le délit de concussion est le fait pour « une personne dépositaire de l’autorité publique d’accorder sous une forme quelconque et pour quelque motif que ce soit une exonération ou franchise des droits, contributions, impôts ou taxes publics » en violant la loi. Les ministres mis en cause avaient octroyé deux milliards d’euros en 2008 à la Société Générale après l’affaire Kerviel.

Crédits photos:

  • Julien Bayou et Yanis Varoufakis: Nuit Debout

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