Bilan Commissions Nuit Debout #13 : la Logistique

Près d’une centaine de commissions ont vu le jour à Nuit Debout. Certaines plus éphémères que d’autres. Après quatre mois de luttes et d’occupation de la place de la République, Gazette Debout a demandé aux plus actives de dresser un premier bilan de leur action et d’envisager la saison 2. La commission logistique nous livre un truculent dialogue sur le travail réalisé ces derniers mois.

Quidam : Bonjour, je vois qu’il y a marqué « Logistique » sur cette tente (très belle banderole d’ailleurs). C’est-à-dire ? Vous faites quoi ?

Logistique : Eh bien on s’assure que tout le monde dispose du matériel nécessaire pour mener à bien ses projets. Il y a bien quelques commissions autonomes (Écologie, Démocratie…) mais globalement l’aspect matériel de Nuit Debout passe par ici.

Quidam : Quel genre de matériel ?

Logistique : Eh bien un peu de tout. Notre activité principale consiste à monter les bâches sur la place pour que les gens s’abritent de la pluie. Une pluie qui nous a bien gâtés cette année d’ailleurs. Il faut donc apporter des bâches, des cordes, une échelle, ainsi qu’un brin de savoir-faire et une bonne dose d’énergie. En avril, il y avait aussi des ateliers de construction, où se fabriquaient tables, bancs, échelles, et même un stand de massage fait par Designers Debout ! La logistique leur fournissait des outils et relayait les demandes de matériel (en général de la récup’ à base de palettes). Mais devant le zèle des forces de l’ordre à jeter tout ce qui avait l’air durable, ces ateliers ont pris fin. Ou plutôt, ils se sont délocalisés et réfléchissent à du matériel transportable (comme les bancs à roulettes ou l’échelle/sac à dos) ainsi qu’à des solutions de transport comme les charrettes.

Quidam : Et du coup votre mission se résume à monter des bâches contre la pluie ? En plein mois de juillet, ça a l’air tranquille !

Logistique : C’est sûr que le beau temps nous évite un peu de travail. Enfin il y a quand même le matériel de la cantine à apporter tous les jours. La Cantine et la Logistique sont assez proches puisque ces deux commissions font partie des premières, avec Accueil et Sérénité, Action et Animation. Et parmi ces 5 commissions, seules la Cantine et la Logistique viennent encore tous les jours en ce moment. Forcément, quatre mois sur la place de la République, ça crée des liens. L’animation nous donne du boulot aussi, même si ce n’est plus vraiment par une commission que ça passe mais plutôt par des initiatives personnelles : a-t-on un écran ou faut-il en fabriquer un ? Une sono ? Un ampli ? Du courant ? Bref est-ce que l’événement prévu sera possible.

Quidam : Et si j’ai besoin de quelque chose, je peux vous l’emprunter ?

Logistique : Bien sûr ! C’est une des fonctions essentielles de la logistique : nous prêtons notre matériel à prix libre. Au début ce n’était que ça d’ailleurs : il y avait une telle effervescence qu’on ne pouvait pas suivre un projet précis. Le plus efficace était donc de garder le matériel à disposition et surtout à un seul endroit pour que les gens viennent chercher ce dont ils ont besoin. C’était aussi une façon de conseiller les gens sur leur méthode de réalisation : typiquement, quand quelqu’un demande un marteau et des clous pour accrocher quelque chose à un arbre, c’est le moment de lui suggérer d’utiliser du scotch ou de la ficelle.

Quidam : Du coup je veux bien un bout de ficelle pour me faire un bracelet de solidarité active, s’teuplait. Et vous avez besoin d’aide ?

Logistique : Oui et non. Pendant la journée, il n’y a pas grand-chose à faire à part accueillir les gens sous la tente, et ranger un peu. L’essentiel de l’activité se passe au montage (vers 16-17h en semaine et 14-15h le week-end) et au démontage (à partir de 23h).

Quidam : 23h ? C’est pas un peu tôt pour terminer une Nuit Debout ?

Logistique : Là tu marques un point. Cela dit, c’est pas faute d’avoir essayé de laisser des tentes et de quoi dormir. Je me souviens même d’une cabane en palettes sur laquelle était écrit « Détruire ceci serait une provocation ». Je vous laisse deviner ce qu’il en est advenu… La grosse difficulté à rester toute la nuit tient à quelque chose qui fait la force du mouvement : sa diversité. Pendant la journée et la soirée, on trouve de tout sur la place : de l’étudiant au retraité, du SDF au bobo, du chômeur à l’employé. Mais devinez quoi ? La nuit, il reste une poignée d’étudiants, quelques chômeurs et pas mal de SDF. Fin de la diversité, on se regroupe par affinités et bonne nuit. Malheureusement ça en fait quelque chose de difficile à gérer, et surtout d’impossible à tenir quand au petit matin on est aussi nombreux (voire moins) que les flics qui nous disent de partir.

Quidam : En même temps il faut les comprendre, les gens, on va pas demander à un retraité de passer la nuit debout sous une bâche humide…

Logistique : Exactement, c’est un problème de confort. La plupart des gens ont certaines exigences de confort qu’ils ne peuvent pas laisser tomber si facilement. C’est ce qui avait motivé la création d’une commission Campement d’ailleurs, pour permettre aux gens de rester dormir dans les meilleures conditions. Enfin, actuellement, on ne parle plus trop d’occupation la nuit, je pense que beaucoup n’y croient pas. Et puis si nous ne sommes pas assez nombreux pour faire des relèves, le seul effet sera de fatiguer encore plus les rares personnes qui ont encore l’énergie. Selon moi, il faudra en rediscuter quand nous serons de nouveau des milliers sur la place !

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Crédits photos:

  • Assemblée de coordination (narrow): Alan Tréard / DR

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