Street Médics : « Avant chaque manifestation, je prie pour que personne ne meure. »

Gazette Debout avait rencontré des Street Médics au lendemain de la sanglante manifestation du 14 juin. Nous publions aujourd’hui le récit de leur rencontre.

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Manifestation du 14 juin – Paris – Jérôme Chobeaux – DR

Ils sont sept en face de nous. La plupart assez jeunes, 30 ans au maximum. Ils ne préfèrent pas être filmés ni même pris en photo. Mais ils veulent parler, raconter, expliquer, se faire entendre. Et surtout nous alerter sur la violence croissante au sein des manifestations. Nous avertir d’un drame qu’ils pressentent venir : « avant chaque manif, je prie pour que personne ne meure », commence l’une d’entre eux.

Eux, ce sont les Street Médics, ces bénévoles appelés à la rescousse lors des manifestations contre la Loi Travail. Ils sont aux premières loges pour comprendre, analyser mais surtout quantifier la violence dans laquelle s’enfonce un peu plus le mouvement social. Ils sont d’ailleurs atterrés par les chiffres des blessés de la Préfecture, bien éloignés de la réalité constatée sur le terrain. Leur propre bilan de la manifestation du 14 juin a d’ailleurs été revu à la hausse. On parle maintenant de 350 urgences au moins.

« Il est difficile d’avoir les chiffres de chaque Street Médic car on ne peut pas prendre de notes pendant qu’on se fait tirer dessus ». Le décompte s’effectue à la fin de la journée, de tête, avant de recouper les informations ensemble, au sein de leur groupe d’une cinquantaine de personnes.

Certains estiment que leurs interventions s’apparentent à de la médecine de guerre. « Dans la vie civile, nous ne sommes pas habitués à soigner dans telles conditions de violence et de stress « . Beaucoup d’entre eux viennent du milieu médical et forment leurs camarades novices pendant les weekends. Une expérience qui ne leur épargne ni l’angoisse ni les cauchemars la nuit.

Loin d’être des têtes brûlées, ces courageux hommes et femmes sont sont particulièrement conscients des risques encourus. D’autant qu’ils ont la certitude d’avoir été pris pour cibles : leur dévouement et leur brassard avec une croix rouge ne les protègent pas du harcèlement policier.

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Manifestation du 14 juin – Paris – Jérôme Chobeaux – DR

A l’entrée des manifestations, leurs sacs sont fouillés et leur matériel parfois confisqué. Certains ont arrêté de venir. « Ils veulent nous faire peur, nous terroriser pour qu’on arrête la lutte. Nous leur opposons notre bienveillance et notre solidarité ».

Ils se disent particulièrement inquiets de l’ampleur prise par les violences policières, tant physiques que psychologiques. « Notre point de vue peut paraître alarmiste mais nous avons une visibilité globale de chaque manifestation que personne ne peut avoir ».

Ils dénoncent bien entendu la stratégie du gouvernement et sa désastreuse gestion du maintien de l’ordre. Ils interrogent l’usage dévoyé de certaines armes, notamment du lanceur de balle de défense (LBD) et des grenades de désencerclement lancées au torse et à la tête, alors qu’elles doivent être envoyées au sol.

« En tant que Français, qu’occidentaux, nous ne sommes pas habitués à passer à côté de corps inanimés en manif. Mais il va falloir s’y faire. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Autrefois, cela ne coûtait rien de participer à une manifestation. Désormais, il faut être conscient qu’on peut être blessé, défiguré, voire pire ». 

Leur cri d’alerte, qui va l’entendre ? Lors de cette conférence de presse, organisée il est vrai en dernière minute, il n’y avait que des médias de Nuit Debout : TV Debout, deux reporters Debout, des membres de Gazette Debout. Une seule journaliste d’un média « de masse ».

« Nous recevons sans cesse des demandes de grands journaux qui veulent nous suivre sur les manifestations, qui veulent faire de nous des héros. Où sont-ils ? Car si c’est simplement le spectacle qu’ils veulent voir, cela ne nous intéresse pas ». 

Car ce soir-là, il n’y avait pas d’image choc à montrer. Pas de sang. Juste de « simples » manifestants qui risquent un peu plus leur vie pour sauver celle des autres.

L-A pour Gazette Debout. 

En complément, lire notre portrait d’Alexandre, bénévole aux Street Médics. 

Vous pouvez aussi consulter la page facebook  des Street Médics, ainsi que le rapport de Reporterre sur les violences policières. 

Crédits photos:

  • manif14juin Street medics: Jérôme Chobeaux – DR
  • Manif 14 juin (12): Jérôme Chobeaux – DR
  • Manif 14 juin (5) Street Medic: Jérôme Chobeaux / DR

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